Maisons d’américains : les palais néoclassiques du Cap Corse

Corse maison d'americain

 Non, les maisons d’américains du Cap Corse ne désignent pas les villas contemporaines de touristes bling bling, mais elles représentent un véritable patrimoine historique et architectural. Virée dans un de ces palais particuliers néoclassiques du XIXème siècle …

Après l’établissement de la Real Cédula de Gracias, brevet royal ouvrant l’immigration dans les colonies américaines espagnoles en 1815, Angelo Marcantoni part, comme de nombreux cap-corsins, chercher fortune aux Amériques. Vers 1830, il s’établit à Porto Rico et s’enrichit rapidement dans la culture de la canne à sucre. Une génération plus tard, son fils décide de rentrer au pays et de bâtir une maison à la gloire de la famille.

Comme les Marcantoni au XIXème, une centaine de familles corses enrichies dans les Amériques font construire ces châteaux dans leurs villages d’origine (essentiellement du Cap Corse, mais aussi de Balagne ou du Cortenais). On les surnomme bientôt les palais – palazzi – ou « Maisons d’Américains » – e case di l’americani.

Afin de célébrer la réussite sociale, les palazzi arborent une architecture ostentatoire, réalisée par des architectes et peintres locaux ou italiens. Le modèle de la maison de notable est adopté, de style néoclassique toscan, alors archétype de la haute bourgeoisie locale. Ils rompent ainsi avec l’habitat corse traditionnellement replié sur lui-même, héritage des incessantes agressions maritimes subies par l’île au fil des âges.

Ces demeures témoignent de « l’éclectisme stylistique » européen, métissant dans ce nouveau contexte différents styles architecturaux historiques.

Les habitants du village voient souvent d’un œil méfiant le retour de ces nouvelles fortunes au pays. Mais ceux-ci deviennent des bienfaiteurs du village, soutenant financièrement les travaux de leur commune : routes, eau potable, etc.

Aujourd’hui victimes du poids du temps et de l’indivision, ces maisons manquent souvent de fonds pour être entretenues. Le palais que nous découvrons ici est actuellement en vente, ses propriétaires préfèrent garder l’anonymat.

Corse maison d'americain     Corse maison d'americain

Jean-Baptiste rentre au village de son père et épouse Angèle-Marie en 1867.
Il fait construire le château au-dessus du hameau de son village.

Corse maison d'americain     Corse Centuri Cannelle

La façade s’ordonne en cinq travées et possède tous les attributs du modèle toscan néoclassique :
frontaux et encadrements des fenêtres, corniche, bandeaux, pilastres.

Ce palazzu est un modèle d’architecture ostentatoire. Il se positionne donc à 150 m d’altitude en surplomb
au-dessus du hameau du village, bénéficiant d’une vue panoramique exceptionnelle sur le Cap Corse et la Balagne.

Corse maison d'americain

L’entrée du palazzu se perçoit comme une invitation au voyage, étape préliminaire instaurée pour tout nouveau convive. L’avènement de la modernité est annoncé avec la représentation d’un petit train au milieu de la campagne. En effet, les premières voies ferrées apparaissent en Corse dans les années 1880.

Corse maison d'americain

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 Corse maison d'americain     Corse maison d'americain

Le  salon d’apparat, utilisé les jours de fête, est la pièce la plus importante du château.
Au centre du plafond en allégorie du Nouveau-Monde, cette Amérindienne
nous rappelle que les descendants de la famille Marcantoni rentrent des Amériques.

Corse maison d'americain

 

Corse maison d'americain     Corse maison d'americain

Le décor polychrome en trompe-l’œil est courant dans les palazzi, et le métier de peintre-décorateur se développe au XIXème (près de 200 entre la Balagne et le Cap Corse). Ils adoptent le plus souvent la technique « à la détrempe » où les pigments broyés sont fixés par un liant mélangé à de l’eau, puis appliqués sur le support recouvert d’une couche préparatoire à base de lait de chaux humide.

Corse maison d'americain     Corse maison d'americain

Dans ces lieux les essences méditerranéennes prolifèrent : oliviers, chênes verts, tamaris, lauriers,
caroubier, pin parasol, pittosporums, ainsi que les incontournables palmiers, dattiers ou chamérops.

Corse maison d'americain      Corse maison d'americain     

 Le domaine regroupe, à cette époque, de nombreuses terrasses réservées à la culture des oliviers, cédrats, plantes potagères. Mais il produisait également plusieurs vins :  Muscat, vins blancs et Impassito. Les dépendances, disposées près de l’entrée le long du chemin d’accès, centralisent tous les bâtiments utilitaires : écuries, pressoir à huile…

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© Photos Angela Perigot (décembre 2014) – Merci à Elizabeth Martegoutte
Textes : Angela Perigot & Graziella Le Breton, historienne de l’art

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